Bruno Pascal Chevalier
« Je mène cette grève des soins pour protester contre ces franchises qui vont à l'encontre du principe de solidarité et parce qu’elles conduisent inévitablement un grand nombre de nos concitoyens à repousser des soins pourtant nécessaires. »
MJS : peux-tu te présenter et expliquer ta démarche ?
BP : Je m'appelle Bruno Pascal Chevalier, j'ai 45 ans, je suis travailleur social dans le CCAS de Morsang-sur-Orge, je suis responsable de ce service. Je suis militant associatif et engagé politiquement depuis de nombreuses années.
Dans ma vie quotidienne et professionnelle, je suis témoin tous les jours des grandes difficultés que rencontrent les malades aujourd'hui, moi y compris, face à l'accès aux soins. De plus en plus de gens sont en situation de grande difficulté, parce qu'ils ont peu de ressources, ou parce qu’ils ont de petites allocations. Quand des personnes se retrouvent en invalidité avec 628 euros par mois, je me demande comment elles font pour payer leur loyer. Aujourd'hui, c’est une franchise de plus qui s'ajoute à celle de Douste Blazy (déjà plafonnée à 50 euros). Cela veut dire, concernant les consultations : 1 euro prélevé par consultation et non remboursé, 50 centimes par boite de médicament, 1 euro par acte. A cela s'ajoutent tous les déremboursements, le gouvernement fait passer des médicaments utiles en médicaments de confort. Je me dis donc que l'on ne peut pas en rester là. Ce que nous voyons aujourd'hui, ce qu'ils nous préparent sournoisement, et même, désormais sans se cacher. J'ai vu Madame Bachelot. C'est un système de sécurité sociale qui laissera seulement la possibilité à ceux qui ont les moyens de pouvoir se soigner, les autres on les laissera au bord de la route.
BP¨: Sur le long terme déjà, on sait très bien que ça ne restera pas à 50 euros de franchise, c'est une remise en cause du 100%. On nous dit que les caisses sont vides, mais il y a d'autres choix possible aujourd'hui. Tous les cadeaux fiscaux, ils sortent d’où ? Là on s'attaque aux plus faibles. La sécurité sociale a été créée pour que les bien portants viennent en aide de manière solidaire a ceux qui en ont le plus besoin. Là, les malades payent pour les malades, c'est scandaleux!
MJS : Que penses-tu des dernières annonces de Sarkozy, où il a parlé de responsabilisation des malades?
BP : Je dirais que ça me met en colère. Comment est ce qu'on va responsabiliser les malades? La on a le discours que la droite a toujours tenu, comme pour les bénéficiaires du RMI : « ceux-ci, comme les malades, ce sont des gens qui abusent du système ». Ha bon? Les handicapés avec leur statut disent bien : « vous me prenez mon handicap, je vous donne mon statut », et bien pour les malades, c'est la même chose. Les médicaments sont nécessaires, ce n'est pas un plaisir de tomber dans la maladie.
MJS : Explique-nous la nature du rassemblement du 12 avril.
BP : Au regard de l'ensemble des pétitions qui ont été recueillies dans toute la France : 250 000 par la CGT, 170 000 par nous, la CFDT aussi, ainsi que d'autres organisations, on se dit qu'il y a un vrai mouvement, une vraie opposition qui se met en place aujourd'hui. Il faut montrer au grand jour cette colère. C'est aussi une demande de beaucoup de citoyens qui nous disent « maintenant il faut qu'on passe à l'action ». Donc symboliquement, l'idée est de montrer au gouvernement ce que ça veut dire que d’être malade. On va donc déposer des boîtes de médicaments, qui représentent 4 mois de soins. Ce sont 4 mois de franchises prélevées. Comment allons-nous faire les mois suivants? C'est un symbole, la santé : oui, c'est des médicaments, oui, ce sont des actes. Ce n'est pas un choix, nous ne sommes pas coupable d’être malade !
Il faut prévenir les jeunes. On est train de se battre pour garder tout ce qu'on a acquis. On ne se bat plus pour gagner des choses, mais pour préserver celles que l'on a. Quand on parle de pouvoir d'achat, la santé ça en fait parti. Quand on n'a plus de moyen, on ne peut plus se soigner décemment. Regardez autour de vous, dans votre famille, il y a sûrement quelqu'un qui souffre d'une pathologie.
La droite ne cesse de démanteler notre système de santé. La mise en place du parcours de soins et les franchises médicales ont de graves conséquences en terme de santé publique. La tarification à l’activité, en instaurant une logique de rentabilité, amène à des difficultés de gestion pour les hôpitaux et la prise en charge des patients. Nous voulons le maintien d’un système de santé juste et solidaire et tenons à rappeler que la santé n’est pas une marchandise.
Le Mouvement des jeunes socialistes soutient Pascal Bruno Chevalier dans son action contre les franchises médicales tout en souhaitant que la grève des soins qu’il a entamée soit la plus courte possible. Pascal Bruno Chevalier, malade du SIDA n’appelle pas à la grève des soins généralisée. Son action permet de révéler les conséquences sociales de mise en place des franchises médicales. Il souhaite alerter l’opinion publique sur les difficultés de plus en plus nombreuses des personnes handicapées, âgées, invalides mais aussi les personnes en situation précaire qui repoussent leurs soins, voire qui ne peuvent plus faire face à leur dépense de santé.
Le Mouvement de Jeunes socialistes est opposé aux franchises médicales depuis le début. En plus de creuser les inégalités sociales de santé, elles vont éloigner encore plus les plus précaires de l’accès aux soins
Devant le
Ministère de la Santé
8 avenue de Ségur - Paris 7ème
Métro Ecole Militaire (ligne 8) ou Saint François-Xavier (ligne 13 )
Signez la pétition en ligne :http://www.appelcontrelafranchise.org/


